La météo de ce long week-end de l’Ascension s’annonce radieuse. Les enfants sont occupés chacun de leur côté, je n’ai rien de prévu de particulier.
– Tu m’accompagnes à Lille ? me propose une amie.
Lille ? mais pourquoi pas ?
Quelques clics plus tard, j’étais prête à partir, mes billets de train réservés sur Internet.
Arrivées à Lille en fin de matinée, nous partons aussitôt déposer nos affaires dans le Airbnb réservé pour le séjour, puis nous partons immédiatement pour un premier tour de ville.
Au programme, une belle balade à pied dans le vieux Lille, vraiment plein de charme.

L’architecture des maisons, dont certaines sont visiblement très anciennes, est magnifique. On ne se lasse pas d’en admirer les détails. A la vue de ces bâtiments, on comprend que la ville a été autrefois prospère. Elle faisait d’ailleurs partie de la Ligue hanséatique.

Comme prévu, le soleil est de la partie, les rues sont animées, les terrasses bondées. On se balade le nez en l’air, on fait quelques boutiques, on admire les décorations art déco, en particulier les mosaïques intérieures et de la façade de l’ancien restaurant L’Huîtrière, qui accueille aujourd’hui la boutique Vuitton,

on goûte des gaufres chez Méert (celles fourrées à la vanille étaient les préférées du général de Gaulle qui, paraît-il, s’en faisait livrer à Colombey-les-deux-Eglises et à l’Elysée), et on en profite pour y acheter du thé.

La richesse décorative de la façade et de l’intérieur de cette boutique vaut le coup d’œil à elle seule, même sans acheter.
Pour le reste, on se rend évidemment sur la Grand Place, on va voir la vieille Bourse qui accueille dans sa cour nombre de bouquinistes, on visite l’église saint Maurice…

Le soir, on s’arrête dans un estaminet de la vieille ville pour y dîner de quelques spécialités locales (carbonade flamande, Potjevleesch, Welsh… le plus dur, c’est de choisir !). Bref, on prend du bon temps et on s’amuse à faire les touristes.
En fin de soirée, sur le chemin de retour vers notre logement, un large bâtiment éclairé attire notre regard. C’est en fait un ancien hospice reconverti en hôtel de luxe. La curiosité étant la plus forte, nous poussons la porte et passons devant la réception sans nous arrêter, comme pour rejoindre nos chambres. Nous découvrons alors que cet hôtel s’articule autour d’un ancien cloître. Le jardin de la cour intérieure est tout mignon. Nous déambulons le long des couloirs et tombons sur une ancienne chapelle avec son autel surmonté de grands et beaux tableaux, et son chemin de croix.

Ce qui devait constituer le reste de l’église semble aujourd’hui reconverti en salle de séminaire. Plus loin, les couloirs sont ornés de beaux tableaux, de magnifiques sculptures, et d’une petite exposition sous vitrine de matériel médical et obstétrical, en référence à la vocation originelle du lieu, qui était d’accueillir les personnes âgées et les malades.
On ressort quelques minutes plus tard, toutes contentes de cette visite improvisée.
En face, on entre sous le porche d’une barre d’immeubles, et on se retrouve au centre d’un grand ensemble flanqué d’une gigantesque œuvre sculpturale. Sans doute des logements sociaux, mais que l’on qualifie « de luxe », parce qu’ils nous rappellent un peu le style de Le Corbusier. Ils sont construits au pied du Beffroi de l’Hôtel de Ville, haut de 104 m et inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Si, au terme de cette première journée, nous avons été d’emblée séduites par la ville, c’est cependant la gentillesse des gens qui nous a frappées, à la fois très accueillants et chaleureux, tout en sachant rester discrets : il n’y a pas à dire, j’adore les gens du Nord !
Le lendemain, nous mettons le cap sur le LaM, le musée d’art brut, moderne et contemporain de Lille, qui abrite en plus en ce moment une exposition consacrée à Noguchi. Si son nom ne vous dit rien, vous connaissez au moins ses lampes Akari : c’est lui qui a popularisé et démocratisé ces désormais célèbres lampes en papier washi.
L’illustration sera plus parlante.

Plus trivialement, je crois bien qu’IKEA a commercialisé quelques modèles inspirés de ses lampes il y a quelques années.
Toutes les œuvres de cet artiste ne m’ont pas touchée au même point, mais j’ai particulièrement aimé celles qui témoignent de l’influence sur lui de Brancusi, dont il a d’ailleurs fréquenté l’atelier.


Pour ses collections permanentes, le LaM a fait le choix de rassembler au sein de mêmes salles des œuvres d’art brut, moderne et contemporain. Le mélange est assez réussi, et de grands noms comme Picasso, Braque ou encore Van Dongen, Miro, Klee, pour ne citer qu’eux, cohabitent harmonieusement avec des œuvres d’Aloïse Corbaz ou d’artistes inconnus (de moi du moins…)

Aloïse Corbaz


Victor Simon
Le temps passe trop vite, et nous décidons de consacrer notre dernière journée à la découverte de deux sites en périphérie de Lille. Le premier est la maison Cavrois, où le tram nous emmène sans souci. C’est un des seuls exemples d’architecture moderniste a avoir été bâti dans le nord de la France dans les années 30. Elle est l’œuvre de l’architecte et designer moderne Mallet-Stevens, qui a entrepris ce chantier pour le compte de Paul Cavrois, un riche industriel textile de Roubaix, afin d’y loger sa nombreuse famille et le personnel de service. Cette bâtisse, toute en briques jaunes, s’étend sur 3 étages et 2800 m2. C’était une demeure très lumineuse, luxueuse et dotée de toutes les commodités issues des dernières technologies de l’époque : l’eau chaude, le chauffage central et le téléphone dans toutes les pièces, un ascenseur…

Elle est aujourd’hui entièrement meublée avec des pièces ou bien de mobilier d’origine, ou bien refaites refaites à l’identique, tant pour les matériaux que les techniques artisanales utilisées. Longtemps abandonnée et livrée aux pilleurs, comme le relate un film projeté au sous-sol de la maison, la bâtisse a finalement été classée monument historique et a bénéficié de très importants travaux de rénovation durant près de dix années, afin de retrouver son lustre d’antan. L’ensemble est très réussi, et la visite vraiment intéressante, pour peu qu’on s’intéresse un tant soi peu à l’architecture ou au design intérieur.

Chaque détail architectural ou d’aménagement intérieur de cette œuvre d’art totale avait été pensé dans les moindres détails, à la fois d’un point de vue esthétique que technique. Même si le mobilier d’esprit moderniste et de forme géométrique peut ne pas sembler accueillant, comment ne pas être séduit par les larges terrasses qui entourent la maison à chaque étage, et ouvrent sur un parc, aujourd’hui réduit à une grande étendue percée d’un long miroir d’eau, mais qui, autrefois plus étendu, comprenait aussi un potager et un verger.

Après cette visite, nous reprenons le tram pour nous rendre à Roubaix visiter sa fameuse piscine de style Art déco, aujourd’hui transformée en un musée d’art et d’industrie.


La piscine en elle-même, richement ornée de décorations de style Art déco, n’est pas sans rappeler la piscine Molitor à Paris, pour ceux qui connaissent.


Pour le reste, l’institution ne renferme plus un bassin rempli d’eau, mais une collection d’arts appliqués et de beaux-arts qui, je dois bien l’avouer, ne m’a pas particulièrement séduite. Il faut dire que ce n’est pas la période du XIXè siècle que je préfère. On peut cependant y admirer la Petite Châtelaine de Camille Claudel, un petit Dufy sympathique ou encore une œuvre de Foujita, ainsi qu’un grand cerf de Pompon.

Nous ne repartons pas sans avoir visité la riche exposition (temporaire) consacrée à Maillol, où son œuvre est présentée dans sa diversité : sculptures, peintures, céramiques, broderies et objets d’art décoratif, gravures et dessins.
Nous rentrons ensuite à Lille pour un dernier tour de ville, avant de reprendre notre train.
Bien sûr, nous n’avons pas pu voir tout ce que la ville a à offrir durant ce trop court séjour. Mais nous rentrons enchantées de notre week-end, en nous promettant de revenir très vite…